L’Herboristerie du Palais Royal

Depuis des années, je me fournis en tisanes auprès de l’Herboristerie du Palais-Royal. J’ai donc profité de mon séjour parisien pour aller reconstituer mes réserves et pour interviewer Michel Pierre, le propriétaire de cette herboristerie située en plein cœur de Paris. Figurez-vous que le métier d’herboriste a été supprimé sous le régime de Vichy en 1941 et qu’il n’a pas été rétabli depuis. Mais Michel Pierre se bat pour que cela change.

Comment êtes-vous devenu herboriste ?

J’ai comme formation le métier de préparateur en pharmacie. J’ai été formé à la campagne, dans le Sud-Ouest. A cette époque là, il y a cinquante ans, on fabriquait toute sorte de médicaments en pharmacie, que ce soit des gélules, des crèmes, des pilules. Puis, je suis monté à Paris pour essayer d’évoluer dans ma profession. En fait, je me suis retrouvé distributeur de médicaments, ce qui ne correspondait pas du tout au métier que j’avais appris. Ca ne m’a donc pas plu. Les hasards de la vie m’ont ensuite fait acheter cette herboristerie. L’herboriste à qui je l’ai achetée m’a enseigné les plantes tous les jours pendant deux ans. Puis, un éditeur est venu me demander d’écrire un livre, ce qui m’a obligé à faire beaucoup de recherches, à me documenter encore plus. En exerçant le métier d’herboriste, je retrouvais mon métier de préparateur, le fait de donner des informations et des conseils aux clients, la préparation de plantes ou d’extraits de plantes…

Mais le métier d’herboriste a été supprimé il y a 75 ans … 

En effet, la profession d’herboriste n’existe plus depuis 1941. Pendant toutes ces années, les herboristeries ont fermé petit à petit. Mais avec beaucoup de mes collègues, nous avons résisté et nous avons continué à vendre des plantes médicinales. Mais le monde pharmaceutique, qui est parfois plus un monde de tiroir-caisse qu’un monde de compétences, s’est aperçu que c’était assez lucratif de vendre des plantes et surtout d’avoir le monopole de leur vente. Aujourd’hui, la France est le seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir de diplôme d’herboriste.

Pourquoi cette situation dure-t-elle depuis si longtemps ?

A cause du blocage des pharmacies. D’ailleurs, dans le dernier article du Monde consacré à ce sujet, le directeur de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, NDLR) dit ouvertement que c’est l’ordre des pharmaciens qui empêche d’avoir sur le marché un certificat d’aptitude à vendre des plantes ou un diplôme d’herboriste.

Dans cette situation, comment avez-vous survécu ?

Je suis un dissident. La personne diplômée à qui j’ai acheté l’herboristerie m’a couvert juridiquement pendant 25 ans (une ordonnance de septembre 1945 permettait aux herboristes de continuer à exercer leur profession jusqu’à leur mort, NDLR). Un jour, elle est partie dans un autre monde et, au lieu de fermer ma boutique, j’ai décidé de continuer puisque je ne savais rien faire d’autre. Quand vous avez un métier qui vous plaît et que vous connaissez bien, vous n’avez pas envie de faire autre chose. Au bout de quelques années, pour être tranquille juridiquement, j’ai décidé d’engager une pharmacienne. Mais cela n’a servi à rien puisque j’ai quand même été condamné à des amendes avec sursis pour exercice illégal de la pharmacie parce que je vendais des plantes faisant partie du monopole de la pharmacie — plantes qui n’étaient pas dangereuses.

Actuellement, il est permis de vendre 148 plantes aromatiques et médicinales, aussi bien dans les boutiques de diététique que dans les supermarchés. Par ailleurs, il existe un décret français qui autorise environ 600 plantes à être introduites dans les compléments alimentaires (ce ne sont pas que des plantes, il y a aussi des résines, des arômes etc. mais il y a beaucoup de plantes médicinales). C’est stupide. Par exemple, vous avez le droit de présenter la bruyère sous forme de complément alimentaire (gélule, liquide…) mais vous n’avez pas le droit de la vendre en l’état pour faire une tisane. Or la bruyère est une plante spécifique pour les problèmes de cystite, pour lesquels vous avez justement intérêt à boire beaucoup.

Cette liste d’environ 600 plantes va augmenter ; d’ici deux ou trois ans on devrait atteindre le chiffre de 1.000, mais toujours uniquement sous forme de compléments alimentaires. Nous allons donc nous battre pour que ces plantes puissent être un jour vendues par des personnes diplômées en herboristerie sous forme de tisanes. Pourquoi une présentation et pas une autre si ce n’est un blocage des industriels ?

Pour vous battre, vous avez récemment créé le syndicat national des métiers de l’herboristerie, Synaplante, dont vous êtes le président. Quels sont ses objectifs ?

Son objectif principal est d’aider toute la filière « plantes traditionnelles », qui fait partie de notre culture, de notre économie. Ce syndicat va essayer de faire en sorte que les plantes autorisées dans les compléments alimentaires puissent être vendues en l’état pour faire des tisanes. Ce syndicat va aussi aider les personnes à s’installer et développer un code déontologique assez strict. Nous ne défendrons que ceux qui appliquent ce code.

A long terme, le but est de recréer sur le marché français un diplôme d’herboriste reconnu par l’État. Il existe déjà cinq ou six écoles en France, qui sont très intéressantes et qui se sont réunies pour faire une fédération et établir un programme commun en vue justement de l’obtention d’un diplôme d’herboriste.

Quelle est la différence entre un complément alimentaire et une tisane ?

Un complément alimentaire est la solution facile pour faire usage de plantes. Mais on est loin d’avoir l’action d’une tisane. Quand vous faites une gélule de plantes, vous ne mettez qu’un quart de gramme de plante par gélule. Quand vous faites une infusion, le principe actif de la plante passe par l’eau et donc très rapidement dans l’organisme. L’action est beaucoup plus rapide et beaucoup plus efficace.

Il y a d’autres présentations à ne pas négliger, comme les teintures de plante (macération dans une solution alcoolisée). C’est là qu’intervient la formation d’herboriste : certaines plantes peuvent être présentées sous forme de teinture parce leurs principes actifs vont arriver à se dissoudre dans la solution alcoolisée. Pour d’autres plantes, c’est inutile parce que le principe actif ne va pas se dissoudre dans l’alcool.

En herboristerie, on agit un peu comme en naturopathie, c’est-à-dire qu’avant de donner un traitement ciblé, on va nettoyer grâce à des plantes dépuratives. On agit comme un jardinier, on nettoie le terrain avant de semer. C’est ce à quoi sert notre tisane dépurative générale, le mélange phare de l’herboristerie, qui est d’ailleurs le numéro un des ventes.

Pourquoi certaines tisanes doivent-elles être préparées en infusion et d’autres en décoction ?

On fait infuser les plantes fragiles, les fleurs, certaines feuilles comme la verveine et certaines plantes très aromatiques, très riches en huiles essentielles, comme le thym, la camomille : on les met dans l’eau bouillante et on les laisse infuser 5 à 10 minutes. Pour les autres plantes, comme les tiges, les feuilles, les racines, il est nécessaire de les faire bouillir : on les met dans l’eau froide et le temps d’atteindre le point d’ébullition, ces plantes vont être réhydratées, ce qui va permettre d’extraire un maximum de principes actifs.

Comment vous approvisionnez-vous ?

Les plantes viennent pour certaines directement de récoltants, généralement en culture biologique, et on en reçoit d’autres par l’intermédiaire de grossistes. Quand on peut acheter biologique, on achète biologique, mais il faut bien se rendre compte qu’un peu près 70% des plantes sont sauvages. Dans ce cas, pas besoin de culture, d’autant qu’en faisant des cultures on affaiblit la qualité de la plante. L’avantage de passer par l’intermédiaire de grossistes est d’avoir des contrôles systématiques des plantes, en principes actifs, en insecticides et en pesticides.


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©MicroMacroFood


L’Herboristerie du Palais Royal, 11 rue Petits Champs, 75001 Paris. Ouverte du lundi au samedi de 10h à 19h. Je n’ai pas testé toutes les tisanes mais, parmi celles que j’ai déjà goûtées, mes préférées sont la tisane du soir, la tisane calmante et digestive et la tisane grand restaurant

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